Chanteuses, chanteurs, élevez le niveau ! Instrumentistes, aidez-les.

Qu’une chose soit bien claire : ce n’est pas parce vous chantez, que vous êtes chanteur, tout comme il y a une différence entre « jouer du sax » et « être saxophoniste ». Un gars en première année de conservatoire « joue du sax » ! Est-il saxophoniste pour autant ? NON. Il lui manque tout : maîtrise de son instrument, connaissances théoriques de la musique permettant une pratique collective, culture musicale de son instrument à travers les styles et les âges, expression personnelle, et j’en passe.
Et beh vous savez quoi ? Même chose pour le chant ! Ce n’est pas parce qu’on chante qu’on est chanteur, et je rappelle, quitte à enfoncer nombre de portes ouvertes, qu’être chanteur, c’est un METIER. Et un métier, ça s’apprend.
NON, on ne s’improviste pas chanteur.

Vous aurez peut-être remarqué que je ne parle pas de talent. Je n’en parlerai que très peu. Le talent, quand on le prend en considération, peut s’avérer être un ennemi féroce. Le talent peut rendre incroyablement suffisant et paresseux. Alors que le talent, qu’est-ce sinon du terreau fertile ? Sans semence, sans labour, sans récolte, sans moisson, sans arrosage, il ne donne rien. Et tout comme le travail de la terre, il faut régulièrement y replanter de nouvelles graines, et travailler dur pour une nouvelle récolte généreuse. Si on ne donne rien au talent, il ne nous donne rien. Je parlerai donc infiniment plus souvent de travail.
Car celui qui travaille avec acharnement, même une terreau peu fertile, obtiendra toujours plus de résultats que celui qui attend sagement que le vent amène les graines, que la pluie les arrose et que son terreau fasse tout le boulot tout seul. Aussi, il vous faut travailler comme si vous n’aviez pas de talent.

Travaillez de la sorte aussi parce que le talent, dans le milieu professionnel, n’excuse rien, ou très peu. Et je vous parle là du vrai milieu professionnel, celui d’une carrière à long terme. Exemple probant : le talent de Keith Jarret excuse-t-il ses frasques et ses sorties de scène capricieuses parce que quelqu’un dans le public s’est raclé la gorge ? Absolument pas. Bien au contraire, et soyez tout de suite prévenus qu’on l’excusera toujours plus lui, pianiste, que n’importe quel chanteur ou chanteuse. Pourquoi ? Parce que toutes ces heures passées derrière son piano, qui lui valent d’emblée l’estime qu’apporte le travail.
Plus tard, dans un autre billet, je parlerai aussi certainement et plus en détail du respect dû au public. Pour le moment, je ne dirai que ceci : votre public mérite le meilleur de vous-même. Il mérite que vous lui donniez le meilleur de ce que vous pouvez accomplir et partager.
Et nous y revenons donc, offrir le meilleur de vous-même ne vient pas sans travail.

Chanteuses, chanteurs, et tous ceux d’entre vous qui aspirent à l’être, il est grand temps d’ELEVER LE NIVEAU.

Parce qu’il ne devrait pas y avoir de différences ni d’estime ni de classe entre vous et les instrumentistes. Vous aussi vous devriez pouvoir déchiffrer à vue ; vous aussi vous devriez connaître vos pairs et vos contemporains – et pas seulement ceux qui passent à la radio ; vous aussi vous devriez pouvoir comprendre l’harmonie qui vient soutenir votre mélodie ; vous aussi vous devriez pouvoir construire grâce à votre maîtrise technique tout un voyage de dynamiques sans même compter sur l’arrangement qui se déroule derrière vous ; vous aussi vous devriez développer votre vocabulaire sonore, travailler votre phrasé, travailler vos attaques, travailler vos placements rythmiques, travailler votre timbre, travailler votre son – TRAVAILLER VOTRE INSTRUMENT.

Chanteurs, chanteuses, envisagez votre voix comme un stradivarius. L’instrument ne joue pas merveilleusement bien de lui même !! Il faut un grand violoniste pour jouer grandiose, et un piètre instrumentiste en jouera médiocrement. Seul un grand musicien pourra alors aussi faire sonner avec émotion et talent même un violon en contreplaqué made in china.
Ne soyez donc pas suffisant. Avoir naturellement un joli filet de voix ne fait pas de vous un chanteur ou une chanteuse. Il fait de vous quelqu’un qui chante plutôt bien. J’ajouterai également qu’être un ou une bonne improvisatrice ne fait pas non plus nécessairement de vous un ou une bonne chanteuse, et vice versa. Tout comme un bon instrumentiste n’est pas défini en soi par sa capacité à plus ou moins bien improviser. Quel valeur peut avoir un super phrasé si l’instrumentiste joue faux, par exemple ? Vous voyez où je veux en venir.
Alors pitié, ayez de plus grandes aspirations pour vous-même et pour votre métier, et mettez-vous au boulot. N’en avez-vous pas marre d’arriver en jam ou de simplement dire à un instrumentiste « je suis chanteuse » (en général pire que « je suis chanteur » – on en reparlera.) et voir dans leurs yeux arriver une bardée de préjugés qui MALHEUREUSEMENT S’AVERENT ETRE LEGITIMES la plupart du temps ?
Les SEULS qui pouvons y faire quelque chose, c’est nous. Nous les chanteurs, nous les vocalistes, nous les instrumentistes de la voix.

Notre mauvaise réputation n’est finalement pas si étonnante que ça quand on y pense, surtout si on ne se décide pas à élever le niveau tous ensemble, en se mettant réellement à bosser. Et du boulot, il en faut, parce qu’il ne faut pas oublier un paramètre spécifique à notre instrument : LE TEXTE. Cet élément dont aucun autre instrument ne bénéficie. Cet élément qui fait si facilement le lien avec notre public. Cet élément si spécial à mettre en lumière car il n’appartient qu’à nous. Comment lui rendre justice si les bases de la maitrise de notre voix nous font défaut ? Comment arriver à prononcer un texte correctement si toute notre machinerie de souffle peine déjà à fonctionner comme il faut ? Comment en révéler tout le propos sans totale maîtrise technique ?
Et comment jamais être considéré comme musicien à part entière sans une technique assez acerbe pour pouvoir enfin s’en détacher et enfin se plonger dans ce qui fait de notre métier un art : l’expression ? Car n’oublions pas qu’en tant qu’artiste, nous ne sommes pas là pour faire la belle voix. Nous ne sommes pas là pour être admirés pour notre talent. Nous sommes là pour servir la musique, servir notre art, le communiquer aux autres avec altruisme, et renouveler à chaque instant notre quête éternelle du beau.

Mais dîtes donc… et vous, les instrumentistes !?

Combien de fois vous ai-je entendu dire avec un humour tout macho « J’ai joué avec une chanteuse l’autre jour, c’était un désastre… mais au moins elle était mignonne ! » ?? En quoi ça fait avancer le schmilblik, franchement ?
Dans la situation actuelle, vous avez trois options. La capitulation : vous acceptez de jouer avec des chanteurs et chanteuses pas encore au niveau, mais ne leur dites rien, et dans ce cas, n’avez pas gagné le droit de l’ouvrir dans leurs dos non-plus. La fuite : vous refusez de jouer avec les chanteurs et chanteuses qui ne sont pas à la hauteurs de vos exigences musicales, et les laissez se débrouiller tous seuls pour s’améliorer. La pédagogie : vous trouvez en vous un peu de bienveillance et assez de courage pour pointer du doigt à la chanteuse ou au chanteur en question, que ceci ou cela reste encore à travailler.

Et vous pouvez même carrément l’aider, vous savez ? Dingue, non ?! Vous pouvez même, au lieu de la/le pourrir dans son dos puis râler que toutes les chanteuses ou chanteurs sont nazes, lui donner quelques conseils qui pourront la/le guider sur comment s’améliorer ! C’est pas incroyable, ça ? Parce que oui ! C’est aussi à vous de changer les choses et d’élever le niveau quand vous estimez que c’est le cas. Prenez votre courage à deux mains, et ouvrez-la ! Les chanteurs et chanteuses ne doivent pas seulement être des appareils à plans pour boucler vos fins de mois !

Pour conclure, chanteuses, chanteurs…

… vous n’avez plus le droit à l’erreur. Vous ne l’avez jamais vraiment eu d’ailleurs, et partis comme ça, vous ne l’aurez assurément jamais. Il est temps de se mettre au boulot comme des milliers d’instrumentistes s’y sont mis avant vous. Prenez votre ordi, ouvrez google, et trouvez un professeur de chant près de chez vous. Changez-en souvent à mesure que vous évoluez. Ne rechignez pas à prendre un professeur de chant classique. Une fois que vous pouvez chanter du Mozart sans micro en portant bien votre voix, croyez-moi, le reste coule quasiment de source. Ouvrez des bouquins, apprenez à connaître votre instrument, son fonctionnement. Si vous ne le savez pas encore, APPRENEZ A LIRE LA MUSIQUE. Et potassez des bouquins de théorie musicale, d’écriture, d’arrangement. Cultivez-vous ! Rencontrez d’autres musiciens, allez jammer, et ne chantez pas forcément. Ecoutez plus que vous ne chantez, nourrissez-vous de toutes les musiques, et soyez curieux du travail des autres. Lisez des biographies, potassez des bouquins d’histoire. Nourrissez-vous en tant qu’artiste de ce que la scène actuelle propose ! Allez voir des concerts, et pas que les gros festivals. Allez aussi voir ce qu’il se passe underground, chez les talents de demain. Décortiquez vos artistes préférés, et pas uniquement chanteurs, et apprenez de vos dissections musicales. Posez-vous des questions ! « J’aime bien cette chanson donc je la chante » ne suffira pas. Remettez-vous en question, toujours, challengez-vous vous-même, et osez poser des questions aux musiciens qui vous accompagnent sur ce qui vous fait toujours défaut. Et vous les instrumentistes, il est temps d’également se mettre les mains dans le cambouis.

Ensemble, agissons au lieu de râler dans le vide.

Ensemble, élevons le niveaux.

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